L’Intelligence Économique, un itinéraire vers l’emploi

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L’Intelligence Économique (IE) ce n’est pas de savoir pour savoir. L’IE, ce n’est pas de comprendre que les + gros mangent les + petits. L’IE, c’est d’être convaincu que les + rapides avalent les + lents !

En France, on compte 2,7 millions d’entreprises dont 4600 ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) et 9 millions d’emplois. En Allemagne, comptez 12 500 ETI.

Qui créé l’emploi ? Les Grands Comptes ? Oui, mais à la marge. L’emploi, c’est avant tout les PME-PMI et les ETI. Les ETI sont officiellement inscrites par les pouvoirs publics dans la loi de modernisation de l’économie (LME) du 4 août 2008 (entreprises de 250 à 5 000 salariés dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1,5 milliard € et dont le total de bilan n’excède pas 2 milliards €). Par rapport aux PME, les ETI possèdent la « taille critique » permettant de supporter le coût de l’innovation et de conquérir des parts de marché à l’exportation. En tenant compte des populations respectives France-Allemagne, il en faudrait 4000 de plus chez nous. Pourquoi ? Plus d’ETI, c’est plus de leviers de croissance à condition que le politique crée des conditions et un environnement favorables. Aujourd’hui, plus de 80 normes s’imposent à l’entreprise… L’objectif de l’IE, plus que le savoir, est de gagner le plus de batailles possibles dans la guerre économique. Aux sceptiques qui pensent que seule la « vraie guerre » fait des vrais morts, je réponds que la guerre économique faits aussi ses « morts  économiques» : Pas ou perte d’emploi, précarité, dérives sociales, perte de repères et de confiance individuelle et collective. Le soft power, la perception culturelle et sociétale d’une situation donnée, s’appuient sur des valeurs structurantes et sonnent comme un storytelling positif, une ambition, un objectif. Le chômage n’est en rien structurant…

Pour gagner des batailles, il faut aborder la guerre économique dans sa complexité et donc, dans la transversalité de ses aspects. L’Occident imposant sa Pax Economica comme il l’a fait durant 500 ans, c’était avant. Le monde n’est pas, comme on l’entend trop souvent, mondialisé mais multipolaire. Il est complexe et il l’est d’autant qu’en Occident (exception faite des anglo-saxons), nous souffrons d’une triple faiblesse culturelle en matière de veille (0,3% du CA contre 2 à 5% du CA dans le reste du monde), d’influence (trop de suffisance sur le sujet en France) et d’anticipation. A titre d’exemple, arrêtons-nous sur ce que je considère comme une ADM (Arme de Destruction Massive) trop souvent négligée en France car culturellement bannie de notre doctrine, l’arme normative. La guerre économique nourrit aussi une vraie violence dans ses méthodes à l’image des traditionnels conflits armés. La norme est une arme bien trop méconnue de acteurs économiques (il faut dire que la veille normative est encore embryonnaire en France) et, pourtant, cette arme fait des ravages. En France, il aura fallu attendre décembre 2012 le rapport de l’actuelle patronne de la Délégation Interministérielle à l’Intelligence Économique, madame Claude Revel, intitulé : « Développer une influence normative internationale stratégique pour la France ».

Il faut avoir à l’esprit que notre compétitivité passe aussi par la maîtrise stratégique de la régulation normative internationale. En clair, sans influence, pas de compétitivité dans un monde sans frontières.

Par ailleurs, qui sait que 99% des sociétés cotées au CAC 40 dépendent d’assureurs anglo-saxons ? Des assureurs qui, en bons professionnels, auditent en permanence leurs clients…Observation qui nous ramène au cœur stratégique de l’entreprise, l’information, un actif immatériel protéiforme, élément clé de la compétitivité.

En France, il faut créer une culture commune de développement avec des mots-clés qui sont : ouverture (sur le monde et sa complexité, notamment par la veille), qualité (exhausser le niveau professionnel des entreprises par la formation et l’innovation) et solidarité (par la mutualisation des moyens privés et publics, clusters territoriaux,…). Une Intelligence Territoriale, c’est une intelligence collective. La création d’emploi est à la fois un objectif et un projet concret dont la réalisation dépend d’une analyse transverse ( choix des territoires les plus favorables comptant universités technologiques, labos,… en attendant la mise en valeur d’autres territoires). C’est aussi la valorisation d’un réseau (inter-entreprises, universités, administrations).

Alors l’IE dans tout cela ? L’IE, c’est non seulement un état d’esprit qui commande de « toujours avoir une information de plus que l’autre » mais aussi des savoir-faire, synonymes de transfert d’efficacité. C’est le couple moteur de l’Intelligence Economique Territoriale : IET = PME = Emploi. En 2014, le marché français, c’est le marché mondial. Notamment grâce ou à cause du numérique en mode Web 2,0 et, de plus en plus, en mode Web 3,0. Il faut donc éviter, comme le rappelle souvent Alain Juillet, de penser en bon colonisateur : « ce qui est bon chez nous est bon chez les autres ». Exit la société verticale, pyramidale. Comme l’écrirait le professeur Dominique Lamoureux (directeur RSE chez Thalès et président de la Commission IE au Medef), n’oublions pas que les pyramides sont des tombeaux. Oui, le numérique a enchâssé la société dans une horizontalité durable. Les COMEX à 10 sont crépusculaires. Nous sommes à l’ère des délégations de pouvoirs à 40 ou 50 collaborateurs autour de l’Internet. Plus que jamais le triptyque de l’IE est d’actualité : Veille, Protection et Influence. En matière de droit, la détection précoce (Veille) et l’analyse des législations étrangères dotées d’effets extraterritoriaux potentiels constitue une priorité de la veille multipolaire stratégique qu’il importe hautement d’implémenter dans les territoires, comme c’est déjà le cas au sein de la cellule Intelligence Économique à Bercy.

Oui, il faut faire évoluer le droit (Protection), oui il faut une loi sur le « secret des affaires ». En France, nous ne disposons d’aucunes dispositions législatives pour contrer le droit anglo-saxon qui possède plusieurs armes de guerre économique. Citons la procédure judiciaire de Discovery obligeant chaque partie à divulguer toute information susceptible de faciliter l’établissement de preuves. Et oui encore, il faut faire du lobbying (un des volets de l’Influence) à Bruxelles pour obtenir des lois plus favorables comme cela est déjà le cas en matière de protection des données personnelles, même si le dispositif est largement perfectible, et contourné par certaines lois américaines. Le “USA Patriot Act”, adopté en octobre 2001 pour réprimer le financement du terrorisme, peut produire des effets extraterritoriaux effaçant les frontières étatiques.

L’Intelligence Territoriale, une fois mis en place Plan de veille et Mesures de protection des actifs immatériels, c’est avant tout un maillage, au mieux, un cluster IE. Chaque région, chaque province a sa culture, son Soft Power. La politique IE, pour être efficace, doit appréhender les enjeux en adoptant ces paramètres culturels et sociétaux. Une politique IE, c’est pour un chef d’entreprise trois questions à se poser au quotidien :

Qui veut tuer ma boîte ? Où se trouve t-il ? Comment va t-il s’y prendre ?

Une seule réponse : Veille, Protection et Influence.

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